Il y a 14 ans, était lâchement assassiné Abdelkader Hachani

Le lundi 22 novembre 1999, à 10h 45 fut lâchement assassiné Abdelkader Hachani dans un cabinet dentaire, par un individu armé d’un silencieux. Deux balles dans la tête et une autre dans le thorax ôteront la vie à cet homme politique. Un véritable travail de professionnel.

Abdelkader Hachani, 44 ans, était ingénieur en pétrochimie. Connu pour sa sagesse et sa pondération, il mènera le FIS, dont il était responsable au lendemain de l’arrestation de ses chefs historiques, vers la victoire électorale lors des premières élections législatives libres de décembre 1991.
Au lendemain du coup d’Etat du 11 janvier 1992, il publiera un appel dans la presse demandant à l’armée de respecter le choix populaire issu des urnes. Il sera alors arrêté le 23 janvier par les factieux d’Alger pour « appel à la désertion » ( ! ! ! ?). Il sera gardé arbitrairement en détention préventive durant cinq années et demie dans des conditions lamentables au bagne de Serkadji, soumis à un régime inhumain (isolement total, privation de promenade dans la cour, privation de parloir rapproché et de lecture de journaux).

Au lendemain du massacre survenu dans cette prison (21-22 février 1995 avec plus de 100 morts), il sera sauvagement agressé par ses geôliers qui tenteront de lui arracher sa barbe et sera soumis au cachot durant plusieurs jours. Il adressera au général Zeroual une lettre-témoignage sur le drame carcéral qu’il avait vécu. Il entamera plus d’une quinzaine de grèves de la faim pour réclamer un statut de prisonnier politique et son jugement.

Le 7 juillet 1997, il sera jugé lors d’une parodie de justice par le tribunal d’exception d’Alger et condamné à cinq années de prison et trois années de privation de ses droits civiques. Il est à noter pour l’Histoire que le matin de son procès, il fut sauvagement tabassé dans sa cellule par deux hommes armés de la police politique et qu’à son arrivée au tribunal, il fut à nouveau sauvagement frappé par ces mêmes hommes dans l’enceinte même du tribunal, alors qu’il venait de sortir d’une grève de la faim de plus de vingt jours et d’une hospitalisation.

A sa libération le 8 juillet 1997, il sera soumis à une surveillance stricte et à des intimidations de la police politique. Cela ne l’empêchera pas de reprendre les contacts politiques avec toutes les personnalités représentatives pour tenter de trouver une solution pacifique à la tragédie que traversait son pays. Il sera peu de temps après convoqué par la « justice » aux ordres pour avoir donné une interview à un quotidien français, sera inculpé et soumis à un contrôle judiciaire.

Tout comme il sera sujet à des provocations de la police politique. En effet, Hachani sera harcelé à partir de juillet 1998 par un certain Naïm, se présentant comme l’émissaire de « l’Emir Abou Fayçal ». Devant le refus de Hachani de discuter avec cet étrange individu, ce dernier se mettra à assaillir durant l’été 99 son jeune fils en l’interrogeant sur les habitudes et les déplacements de son père. Hachani sera surpris le 18 octobre 1999, soit moins de deux mois avant son assassinat, de voir celui qui se présentait comme étant l’émissaire de l’Emir Abou Fayçal, sortir…..du commissariat de Bab El Oued ! ! ! ! ! ! !. Il fera état de ces faits dans une lettre adressée au « ministre » de l’intérieur en date du 28 octobre 1999 (voir lettre ci-dessous).

Lors de la désignation de Bouteflika à la présidence de la république et de la promulgation de la loi de l’impunité et de la supercherie nationale appelée pompeusement « loi de la réconciliation nationale », il s’opposera à cette manipulation et réclamera une véritable réconciliation en passant par de véritables négociations avec la classe politique représentative. Il s’opposera aux manœuvres politiciennes de Kebir et des autres responsables de l’AIS récupérés par les « services ».

Il apparaîtra, à partir de cette date comme un danger certain et un obstacle sérieux aux manipulations et aux intrigues de l’oligarchie qui avait concocté la loi juridico-policière dite de « concorde civile ».

Outre l’énigme de ce pseudo-émissaire du faux Emir Abou Fayçal, qui fréquentait le ……commissariat de Bab El Oued, nous noterons deux faits révélés au lendemain de son assassinat :
q Dans une interview accordée à la chaîne TV El Jazeera (22 novembre 1999) Abdallah Yanés, ami du défunt et exilé à Londres, révélait :

Que Abdelkader Hachani lui avait affirmé lors d’un entretien téléphonique quinze jours avant son assassinat qu’il avait reçu la visite d’un « député » envoyé par le « général » Tewfik, lui proposant une villa à Hydra et un véhicule particulier de type Daewoo en échange de son accord en faveur de la loi dite de « concorde civile ». Il s’agirait d’un certain Hassan Laribi.

Que 48 heures avant son assassinat, et toujours lors d’un entretien téléphonique à partir d’une cabine téléphonique, Hachani avait dit à son interlocuteur qu’il allait raccrocher car une voiture de la police politique venait de stationner juste à côté de la cabine.

Dans un article daté du 25 novembre 1999, le quotidien Le Monde révélait que Abdelkader Hachani avait été approché par les officines du pouvoir lui proposant de soutenir la loi dite de « concorde civile » et de remplacer Abassi Madani à la tête du FIS, propositions qui lui permettraient de reprendre des activités politiques « légales ». Ce marchandage indécent fut refusé par Hachani.

Pour revenir au crime proprement dit, nous savons que Abdelkader Hachani était régulièrement pris en filature par des agents de la police politique qui ne le lâchaient pas d’une semelle et ce, depuis sa libération en juillet 1997. Comment se fait-il que le tueur ait pu l’aborder et l’abattre avec cette facilité déconcertante ? Deux possibilités :

Ses anges gardiens étaient complices et l’ont laissé filer.
Des ordres ont été donnés ce jour-là pour ne pas filer la victime, ce qui explique la fuite aisée du tueur.

Lettre d’Abdelkader Hachani au « ministre » de l’intérieur (28 octobre 1999) :
A Monsieur le Ministre de l’Intérieur,

Paix et miséricorde sur vous,
Le 13 octobre 1999 je reçois une convocation (n° 220/SGGA) pour me présenter le lendemain au siège de la sûreté du gouvernorat du Grand-Alger.
Je me suis effectivement rendu à l’endroit indiqué, où j’ai été reçu par plusieurs officiers de police. Ils m’ont informé qu’ils voulaient « bavarder » avec moi. J’ai pensé de prime abord qu’il s’agissait d’une introduction pour une enquête préliminaire judiciaire, particulièrement lorsque la séance a débuté par l’enregistrement d’informations personnelles.
Cependant, l’objet de la discussion a porté durant plus de cinq heures sur la situation politique générale du pays, plus précisément ma propre position concernant les derniers développements intervenus sur la scène nationale.
Les motifs et les causes qui ont conduit ces personnes à entreprendre une discussion de nature politique avec moi peuvent paraître objectives à leurs auteurs, mais de telles institutions ne peuvent être, à mon avis, un cadre de discussion politique. Bien au contraire, elles doivent en principe, en être éloignées.
J’ai d’ailleurs insisté sur ce point à la fin de la séance, et je tiens à vous informer afin que de telles pratiques ne se reproduisent plus à l’avenir, d’autant que mes interlocuteurs m’ont indiqué qu’il est possible que je sois convoqué à nouveau.
Je saisis cette occasion pour vous informer de faits qui ont précédé et accompagné cette convocation. Tout a commencé au mois de juillet 1998, lorsqu’une personne inconnue m’accosta dans mon quartier, sans rendez-vous préalable, prétendant s ‘appeler Naïm et qui serait envoyée par un certain Abou Fayçal qui désirerait me rencontrer, me donnant rendez-vous dans une mosquée de la capitale que je fréquente souvent pour y accomplir la prière du vendredi.
Ce fait aurait pu s’arrêter là s’il n’avait pas été entouré d’autres faits bizarres et de contradictions dans le comportement de cet individu, aussi bien avec moi qu’avec les habitants du quartier, comme cela m’est apparu par la suite.
Plus d’une année après cette rencontre, plus précisément le jour où je me trouvais dans les locaux du commissariat central suite à la convocation sus-citée, l’un de mes enfants a été surpris de voir ce même individu Naïm le prendre violemment par la main et l’interroger sur mes activités. Il lui fera comprendre qu’il reviendra à nouveau au quartier le 16 octobre 1999 à 14 heures car il voulait me rencontrer. Nous avons appris par la suite qu’il s’était comporté d’une manière rude et grossière envers les enfants du quartier lorsque ces derniers ont refusé de lui donner les informations qu’il voulait sur moi.
Cet autre fait aurait pu passer si je n’avais pas vu sortir cet individu le 18 octobre 1999 à 10 heures du commissariat de Bab El Oued, mon quartier de résidence.
Si je vous informe de ces faits, c’est dans le but de clarifier les choses, afin d’éviter à tout un chacun des motifs de suspicion et de méfiance, afin que Dieu nous guide vers le bien du pays et des citoyens.
Que le Salut d’Allah soit sur vous.
Signé : Abdelkader Hachani.

Copies :
– Présidence de la République.
– Collectif des avocats.

Le mardi 14 décembre 1999, un laconique communiqué du ministère de l’Intérieur annoncera l’arrestation la veille du meurtrier présumé d’Abdelkader Hachani, un certain Fouad Boulemia, 26 ans, «célibataire et chômeur» qui était «en possession de l’arme du crime et des papiers d’identité de sa victime». Remarquons que le présumé tueur aura gardé soigneusement sur lui, trois semaines exactement après son forfait et son arme et les papiers d’identité de sa victime.
Une certaine presse, dans sa « subtilité » et sa perversité, comme à l’accoutumée, prendra le relais des autorités officielles pour « rapporter » selon ses « sources bien informées » les informations « utiles » à nos citoyens pour bien faire « comprendre les tenants et les aboutissants » de l’affaire.
C’est ainsi que nous « apprendrons » grâce à cette presse et à ses « spécialistes » que le présumé meurtrier aurait été arrêté à sa sortie d’une mosquée ; qu’il s’agissait d’un membre du « GIA » qui aurait fui la capitale après le massacre de Bentalha pour rejoindre Antar Zouabri, dans les montagnes de Blida. Que le jour de l’attentat, il était attablé dans un café de Bab El Oued, et ce n’est qu’en voyant passer Hachani qu’il décida de le suivre et de l’abattre……
Avant que la « justice » ne se prononce, la voie était déjà toute tracée par les officines, tout comme pour Boudiaf, pour Abdallah Khalef alias Kasdi Merbah, M’Barek Mahiou et tant d’autres crimes suspects, qui est celle des « GIA ».