Première guerre mondiale (1914-1918) : 28 000 morts Algériens oubliés de l’histoire

La France n’oubliera jamais le prix du sang versé. Cet hommage s’adresse à leurs descendants pour qu’ils soient fiers de leurs parents et conscients que la République a une dette à leur égard.

A celles et ceux qui s’interrogent sur leur destin, leur place et même parfois sur leur identité, aux descendants de ces soldats, je dis ma gratitude», affirmait le président Hollande lors de sa visite à la Mosquée de Paris pour rendre hommage aux soldats musulmans morts pour la France lors des deux Guerres mondiales.

Pendant la Première Guerre mondiale, environ 175 000 soldats venant d’Algérie avaient été mobilisés, ainsi que 180 000 originaires d’Afrique noire, 60 000 de Tunisie et 37 000 du Maroc, selon des chiffres officiels français. Avec le début de la guerre, 20 000 Algériens, 8000 Tunisiens et 3500 Marocains débarquent dans les ports français. Sur les 40 bataillons de troupes nord-africaines qui sont au front cette année-là, 32 arrivent entre août et septembre 1914.

Dire la vérité

Cette «guerre totale» oblige rapidement à recourir à la conscription, déjà introduite en Algérie en 1912, puis fréquemment au recrutement forcé qui entraîne, en Algérie notamment, de nombreuses révoltes comme celle du Constantinois en 1916, suivies d’une répression sévère.
Au front, les soldats ne sont pas égaux, les inégalités entre indigènes et coloniaux sont relevées par des sous-officiers algériens, notamment le petit-fils de l’Emir Abdelkader, l’émir Khaled. Le service d’organisation des travailleurs coloniaux (SOTC) créé en 1916, mobilise les coloniaux.

La Deuxième Guerre mondiale engage à nouveau en masse les indigènes des colonies. En 1939, des troupes algériennes étaient dans l’armée française défaite par l’Allemagne. Beaucoup sont morts, d’autres furent faits prisonniers. Quatre ans plus tard, en 1943 et 1944, l’armée de Libération, partie d’Algérie, compte dans ses rangs des dizaines de milliers d’Algériens, tandis que d’autres rejoignent les rangs de la résistance.

«C’est difficile d’avoir des chiffres sûrs et fiables, car on parlait de soldats français et les ‘indigènes’ étaient compris dans les pertes françaises. Ce qu’on sait, c’est qu’à partir de novembre 1942 jusqu’à la capitulation allemande en mai 1945, on estime à 100 000 le nombre de tués et disparus et, dans ce nombre, une bonne moitié de Maghrébins. Si on prend par exemple la campagne de Tunisie, l’armée française était constituée majoritairement d’Algériens.

De même lors de la campagne d’Italie après le débarquement à Naples. 54% du contingent en Italie était composé de soldats indigènes. Et pour la libération de la France, les comptes s’équilibrent à partir du moment où on a intégré des Français», souligne Belkacem Recham, chargé de cours à l’université Marc-Bloch de Strasbourg, auteur de Musulmans algériens dans l’armée française, 1919-1945, éditions L’Harmattan, 1996 (El Watan du mardi 8 juin 2014). Et d’ajouter : «On verra bien comment sera célébré le débarquement de Provence (en août 1944) qui avait impliqué un grand nombre de soldats d’Afrique du nord qui ont libéré la France, de Marseille jusqu’en Alsace». «J’aimerais bien qu’il soit aussi médiatisé que celui de Normandie», le 6 juin 1944.

«Le modèle du silence et des non-dits de l’histoire a échoué»

Aujourd’hui il s’agit de dire et d’expliquer que des Algériens se sont battus pour la liberté de la France. De lever l’anonymat qui entoure ceux qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille. De leur donner une mémoire. La reconnaissance qui leur revient. Belkacem Recham cite l’exemple du docteur Benhabib sur la fiche duquel est noté «médecin, résistant, dès 1942». «J’ai retrouvé une lettre de son commandant qui le propose à la médaille de la résistance. On ne la lui donne pas, car il part en Algérie en 1945 au moment des événements du 8 Mai. Il se bat en Algérie, donc il n’a plus droit à l’hommage en France.»

Militant de la mémoire et bédeiste, Kamel Mouellef rappelle qu’«à Lyon, les Algériens étaient dans l’armée qui a libéré la ville, il n’y a même pas une stèle pour les honorer. Des Algériens ont saboté des machines dans des usines pour bloquer l’avancée des Allemands en 1940, ils ont été abattus, on a dit que c’était par racisme de la part des occupants. Ce qui est faux. 2014 est l’occasion de pouvoir écrire ces pages d’histoire. Il faut ouvrir les archives. Contre les blocages, 2014 devrait être une année décisive. Les autorités françaises doivent la vérité aux Algériens» (El Watan du 4 mars 2014). Il y a quelques années, avec les dessinateurs Batiste Payen et Tarek, Kamel Mouellef avait réalisé un livre de bandes dessinées intitulé Turcos, le jasmin et la boue, par lequel il rendait hommage aux combattants d’Afrique du Nord impliqués dans la guerre de Crimée (1850), celle de Prusse (1870) puis la Grande Guerre de 1914 à 1918.

Kamel Mouellef prépare une deuxième BD, en hommage cette fois aux soldats indigènes résistants qui pourrait s’intituler Les Oubliés de la Résistance. «Oui. Les Algériens, il serait temps d’en parler. A Lyon, les Algériens étaient dans l’armée qui a libéré la ville, il n’y a même pas une stèle pour les honorer. Des Algériens ont saboté des machines dans des usines pour bloquer l’avancée des Allemands en 1940, ils ont été abattus, on a dit que c’était par racisme de la part des occupants. Ce qui est faux. 2014 est l’occasion d’écrire ces pages d’histoire. Il faut ouvrir les archives. Contre les blocages, 2014 devrait être une année décisive. Les autorités françaises doivent la vérité aux Algériens » (El Watan du 4 mars 2014).

«Le modèle du silence et des non-dits de l’histoire a échoué. Donc laissons faire un autre modèle. Racontons notre histoire, mais toute notre histoire… Le temps nous permet de raconter l’histoire. C’est important de part et d’autre de la Méditerranée. On a besoin de se comprendre et, pour se comprendre, il faut comprendre nos aînés», nous affirmait Pascal Blanchard, historien, président du groupe Achac, à l’origine de nombreuses manifestations commémoratives (colloques, expositions, rencontres-débats) à travers le territoire français (El Watan du 9 octobre 2013).

Source: El Watan